Au bout de quelques jours, les Sœurs de l’École libre parviennent à déterminer la localisation des apparitions avec des fanions à 1.200 mètres de l’école, dans un champ appartenant à Monsieur Ernest Lepetit. Le secret des apparitions étant eventé, les curieux, et des prêtres de la France entière, se réunissent tout d’abord aux abord de l’école, puis au niveau du champ de Monsieur Lepetit.

L’abbé Guéroult précise dans ses notes :

Dimanche 19 avril : Foule estimée de 15 à 16 000 ; foule très mélangée ; beaucoup de prière, mais aussi beaucoup d’indifférents…

Abbé Guéroult – Notes (1896-1900)

C’est en ce mois d’avril 1896 qu’apparait la principale voyante des apparitions de la Vierge Marie à Tilly-sur-Seulles, Marie Martel :

Pendant tout le mois d’avril, seule avec sa mère et quelques voisines, malgré ses fatigues du travail, la longueur du chemin et les rhumatismes qui l’obligent à s’asseoir de place en place, une jeune fille est venue, poussée par une force mystérieuse qui lui dit: — VA AU CHAMP DE TILLY !…

Marie Martel, tous les jours, obéit à cette voix-là. Elle écoute, elle voit ceux qui, dans l’assistance de plus en plus nombreuse, près ou loin d’elle, sont favorisés. Elle ne pense même pas qu’à un moment donné la même faveur peut lui être accordée. Elle prie avec ferveur et, quand les Rosaires sont terminés, c’est à regret qu’elle quitte le Champ.

C’est avec la joie la plus intime qu’elle se promet de revenir dès le lendemain. Personne n’y fait attention et bientôt toutes les attentions les plus sérieuses se fixeront sur elle.

abbé guéroult – Brouillons d’articles – 1911

C’est ce 25 avril 1896, fête de Notre Dame du Bon Conseil, que Marie Martel voit la Vierge pour la première fois.

La fête de Notre-Dame du Bon Conseil fut instaurée depuis des siècles dans la petite église de Gennazzano, près de Rome, tenue par les Ermites de Saint Augustin. Ce vocable est déjà révélateur d’une attitude que la Mère de Dieu conservera à l’égard de Marie Martel : elle sera sa divine conseillère et jamais la jeune fille n’agira sans «demander conseil» à cette Mère si bonne.

Marie Martel nous décrit dans ses notes personnelles le déroulé de cette première apparition :

La veille de la fête de Notre-Dame du Bon Conseil, je fus poussée par une force irrésistible de retourner au lieu des apparitions. Ma mère ne pouvant m’accompagner, je demandai à une voisine de venir avec moi.

Cette voisine me dit : Je veux bien, mais il faut que mes enfants dorment… Je trouvais le temps un peu long tellement j’étais pressée de partir pour Tilly. Sitôt arrivée sur ce lieu, je continuai à réciter mon chapelet, car toutes les fois que je venais, en allant comme en revenant, je disais toujours le chapelet et jamais d’autres prières ne me venaient.

Vers neuf heures, je disais tout bas à celle qui m’accompagnait :

— Vois-tu quelque chose à droite de l’ormeau ?
— Je ne vois rien, me dit-elle ; et toi, que vois-tu ?

J’étais tellement émotionnée que je ne pouvais rien dire, que ce mot : «Ma Mère, ma Mère, prenez-moi avec vous !».
Et la belle Dame que je voyais me souriait chaque fois que je prononçais ce mot. Revenue de mon émotion, je dis :

— Ne voyez-vous pas la Sainte Vierge ?
— Non, me répondait-on, nous ne voyons rien.
— Regardez comme elle nous sourit ; elle me tend les bras ! — Comment est-elle ? me dit celle qui m’accompagnait.

C’est alors que Marie Martel esquisse un portrait de la «Belle Dame»,
celle-là même qu’elle reverra au long des trois années à venir et que l’on
reconnaît aisément depuis la Rue du Bac et Lourdes :

Elle est vêtue d’une robe blanche qui ne lui laisse apercevoir que la pointe des pieds qui sont nus et, sur le dessus des pieds, un bouton de rose. Ses pieds reposaient sur un croissant formant une demi-lune, sur lequel il y avait une guirlande de roses très pâles.

Les bras de la Sainte Vierge — comme je l’appelle — étaient étendus et des rayons partaient de ses mains. Sa robe était serrée à la taille par une ceinture bleu pâle et qui flottait jusqu’en bas de la robe. Un long voile qui formait manteau retombait sur les poignets et laissait voir le bout des manches. Les cheveux étaient couleur de froment, un peu doré. Les cils étaient foncés, les yeux étaient d’un bleu azur.

L’expression de la Sainte Vierge était comme je n’en ai jamais vu sur la terre ; personne au monde ne ressemble à une telle beauté. Son visage exprime une douceur qui ne se rencontre jamais dans le monde ; son regard me pénétrait jusqu’au fond de l’âme.

Je ne l’avais jamais vue et je l’aimais d’un amour que je ne pourrais jamais exprimer. Plusieurs fois, je demandais à mon apparition :

— O Je vous en prie, dites-moi ce que vous êtes et quel est votre nom !…

Plusieurs fois, elle me sourit et je vis à la place des roses qui étaient sur le croissant : JE SUIS L’IMMACULÉE.

La seconde apparition à Marie Martel s’enchaine rapidement. L’abbé Guéroult nous indique sur cette apparition du 28 avril 1896 :

Mardi 28 avril: Marie Martel voit pendant une heure. A l’école, ce jour-là, jamais encore l’apparition n’avait été si éblouissante

abbé guéroult – rapport II – 1908

Et il complètera avec les témoignages de nombreuses personnes :

Cette seconde apparition dura une heure.

Elle impressionna vivement tous les spectateurs. Un bonheur intense se lisait dans les traits de la voyante, sa prière était fervente, ses mains tendues vers la vision étaient si suppliantes et enfin la description si nette, les détails si précis qu’elle donna même la conviction jusque dans les âmes des plus sceptiques.

Ce même soir, par une coïncidence que nous laissons à chacun à apprécier, la Vierge Immaculée apparut à toute l’école, enfants et maîtresses, telle qu’à trois reprises, pendant les Litanies, le Regina Caeli et le Salve Regina, elle eut un éclat que maîtresses et enfants déclarèrent n’avoir jamais encore été si brillant.

abbé guéroult – Brouillons d’articles – 1911