Le bruit de l’apparition de la Vierge aux religieuses et aux enfants de l’école du Sacré-Cœur de Tilly au mois de mars 1896, était parvenu à Cristot ; pour Marie Martel ce fut une occasion d’aller prier, elle n’y manqua pas. Dès le commencement d’avril, elle fit un premier pèlerinage, sa journée terminée.

Elle partit donc un beau soir pour se rendre au champ de l’Apparition : elle récita le chapelet et chanta des cantiques comme tout le monde. Elle rentra assez tard, l’âme pénétrée d’un bonheur qu’elle ne pouvait analyser.

A dater de cette première visite, elle ressentit une irrésistible attraction vers l’ormeau miraculeux et dix-huit jours de suite, malgré les intempéries, elle fit tous les soirs, tant à l’aller qu’au retour, les cinq kilomètres qui la séparaient de Tilly.

Ce fut le 25 avril 1896, jour de la fête de Notre Dame du Bon Conseil, que Marie Martel eut sa première vision de la Vierge Marie au pied de l’ormeau.

En voici la description :

La Vierge Marie était d’une beauté toute céleste, vêtue de blanc avec une ceinture bleue, des roses d’or étaient posées sur ses pieds nus, et à ses pieds, une banderole blanche. Elle avait ces mots écrits en lettres d’or : « JE SUIS L’IMMACULÉE. »

Telle est l’exacte relation de la première vision de Marie Martel. Les apparitions à l’ormeau seront presque quotidiennes.

Le phénomène qui confondra les plus sceptiques est que les visions se reflètent dans ses yeux, l’image d’une personne vivante se détache sur l’iris, légèrement en relief. Même si elle est en extase, elle manifeste toujours une parfaite dignité et une attitude respirant le ciel et sa piété ne cesse de grandir.

L’Abbé Gombault écrit :

Les dix premières visions lui causèrent, sans troubler son ravissement, de véritables défaillances corporelles ; la nature semblait succomber sous ce poids de gloire. Mais jamais cette souffrance purificatrice ne troubla son âme, n’amoindrit son bonheur, ni son désir intense de revoir. Bientôt, le premier dévoilement de l’apparition commença à la jeter dans l’état extatique. Maintenant même son extase dure autant que la vision. Quand elle revient à elle, c’est que l’apparition n’est plus là ; le nuage seul ne disparait pas subitement à ses yeux, elle le contemple encore, revenue à l’état premier.

Au mois de juin, la jeune privilégiée est reçue Enfant de Marie.

A partir du 15 juin 1896, elle est recueillie par Mme Henry, à Tilly, pour lui éviter les longs trajets Cristot-Tilly, avec une si mauvaise santé.

dès les premières apparitions, un rhumatisme cardiaque, contracté très probablement dès l’enfance, dans son logis aussi étroit qu’humide, la saisit.

M. l’Abbé Guéroult

      Il poursuit :

Sa vie peut se résumer en trois mots : prière, souffrance et travail. Debout dès quatre heures et demi du matin, il est rare qu’à dix heures du soir, elle ne soit pas encore à la besogne…. il faut qu’elle agrandisse ainsi les jours, même les plus grands, car au travail vient s’ajouter tout le temps qu’elle consacre à la prière. Tous les jours, elle entend la Sainte Messe ; tous les jours, elle monte au Champ réciter le Saint Rosaire… Le soir, elle vient à l’église adorer Celui à qui elle appartient, et ses prières se prolongent bien souvent dans la nuit…

       M. le Doyen ajoute :

Pendant les dix ou onze premiers mois, sa vie à Tilly ne fut qu’une vie de souffrance… obligée de s’appuyer sur deux bâtons pour marcher…

Lorsque la souffrance lui permet de reprendre haleine,

elle trouve le temps de travailler pour les pauvres…. les enfants et les vieillards sont particulièrement accueillis ou visités. Tous les jours, elle soigne une pauvre vieille qui ne lui témoigne aucune reconnaissance.

Elle s’occupe également de familles pauvres et misérables et soigne les misères avec un bonheur complet.